Après les mauvaises pensées choisies des écrivains, voici une petite sélection de réparties, tirées de: Jean Piat et Patrick Wajsman, Vous n'aurez pas le dernier mot! Petite anthologie désinvolte des plus belles réparties, Albin Michel, Paris, 2006.
*Le chansonnier et poète Albert Willemetz avait presque autant d'esprit que son ami Sacha Guitry. À la fin, c'est pourtant bien Sacha qui aura le dernier mot. Il souffre le martyre. Albert W. se désole, à son chevet:
- C'est affreux, pour un vieil ami comme moi, de te voir dans cet état.
-Dans ce cas, proposa Sacha d'une voix faible: fâchons-nous!
*Lettre enflammée de Victor Hugo à Arthur Rimbaud: "Poète admirable, je vous aime!"
Réponse de Rimbaud, par retour de courrier: "Je sais que ce n'est pas facile, mais tâchez de m'oublier; voyagez!"
*Au milieu d'un dîner bien arrosé, un invité se vante auprès de Marcel Aymé:
-Moi, je me suis fait tout seul!
-Ah, lui répond Marcel Aymé, monsieur, vous déchargez Dieu d'une bien grande responsabilité.
*Au restaurant, Alphonse Allais examine avec soin la carte et le menu. Il finit par commander:
-Donnez-moi, pour commencer... une faute d'orthographe!
Et le garçon, imperturbable, répond du tac au tac:
-Il n'y en a pas, monsieur Allais.
-Alors, dans ce cas, pourquoi les mettez-vous sur le menu?
*À la mort de Gide, Roger Nimier envoie à François Mauriac -qui redoutait par dessus tout d'aller en Enfer- le télégramme suivant:
"Enfer n'existe pas. Stop. Donne-toi du bon temps. Stop. Préviens Claudel. Stop. Signé: Gide."
*À l'occasion de quatre-vingtième anniversaire, Winston Churchill pose pour la photo traditionnelle:
-J'espère, dit la jeune photographe, que je pourrai prendre, un jour, la photo de votre centenaire.
-Et pourquoi pas, lui répondit Churchill, mademoiselle, vous avez l'air en pleine forme!
*"Maître, pourriez-vous faire plus court?" demandait, impatient, un président de tribunal à Albert Naud, qu'il trouvait trop prolixe. Sans s'émouvoir, celui-ci termina sa plaidoierie en quatre phrases.
Il désigna du doigt son client:
-Lui, innnocent!
Puis la partie civile:
-Lui, méchant homme!
Puis le président:
-Toi, bon juge!
Et, en se rasseyant:
-Moi, fini!
*Voltaire se promène avec un de ses amis, lorsqu'un prêtre, portant le saint viatique, vient à passer. Le philosophe ôte son chapeau.
-Vous seriez-vous réconcilié avec Dieu? s'enquiert son compagnon de promenade, surpris par ce geste.
-Nous nous saluons, mais nous ne nous parlons pas.
*Une admiratrice à un acteur de théâtre, Marcel Achard:
-Cher Maître, je ne rate jamais une de vos pièces!
-Moi si, hélas, chère madame, lui rétorqua l'académicien en souriant.
*Le 30 avril 1981, Ronald Reagan est blessé par une balle tirée par un déséquilibré. Au moment où le brancard pénètre dans l'hôpital, son épouse, Nancy, qui arrive de la Maison Blance, se précipite vers lui et lui chuchote quelques mots de réconfort. Le président, qui n'a jamais vraiment oublié sa carrière d'acteur de western, lui glisse:
-Désolé, chérie, cette fois, je n'ai pas plongé assez tôt!
*-Est-ce que la représentation a bien marché? demande-t-on à l'acteur de théâtre Jules Berry, après l'une de ses prestations?
-Pas mal, répondit-il: le souffleur a eu six rappels. (J B était réputé pour sa mauvaise mémoire...)
*Au cours d'un tête-à-tête Nixon-Brejnev au Kremlin, Nixon interroge le dirigeant russe:
-Comment fonctionne votre économie?
-C'est très simple. Ils font semblant de travailler et nous faisons semblant de les payer.
*Agatha Christie ne dédaignait pas les conférences pour s'expliquer sur son oeuvre. Une jeune fille se lève et lui demande:
-N'est-ce pas un choix étrange, madame, pour une romancière, d'avoir épousé un spécialiste des fouilles en Orient?
-Au contraire. Je ne saurais trop vous conseiller de faire comme moi. Épousez un archéologue. C'est le seul homme au monde qui regardera avec de plus en plus d'intérêt au fur et à mesure que vous vieillirez...
*Un noble aborde Adolphe Thiers et lui demande:
-Monsieur Thiers, de qui descendez-vous?
Thiers, d'un trait:
-Moi, monsieur, je ne descends pas. Je monte.
*Émile Littré ne fut pas seulement un grammairien hors-pair, il sut manier la langue avec beaucoup d'esprit, même dans les situations délicates. L'auteur du dictionnaire se trouve dans le lit conjugal avec une servante alors que son épouse entre sans prévenir:
-Ah, monsieur, vous me surprenez, dit-elle.
-Non, madame, corrige alors Littré, c'est nous qui sommes surpris. Vous, vous êtes étonnée.
*Au Conservatoire national d'art dramatique, Louis Jouvet, professeur, à François Périer, jeune élève:
-Si Molière voit comment tu interprètes ton Don Juan, il doit se retourner dans sa tombe.
Et Périer, sur le même ton, rétorque:
-Comme vous l'avez joué avant moi, ça le remettra en place.
*-Êtes-vous déjà allé à Bayreuth? demande-t-on à Woody Allen.
-Absolument pas. D'ailleurs, c'est mieux ainsi parce que chaque fois que j'entends du Wagner, cela me donne envie d'envahir la Pologne!
*François, comte de Montmorency-Bouteville, coupable de s'être battu malgré l'édit de Louis XIII contre les duels, fut conduit au billot en 1627. Le bourreau, un débutant nerveux, lui dit:
-Tenez-vous bien, monsieur le comte, c'est la première fois que cela m'arrive!
-Imbécile! Crois-tu que c'est la seconde fois que cela m'arrive à moi?
Friday, 25 July 2008
Insolences, dérisions, railleries, et autres manifestations de l'esprit
Friday, 30 May 2008
Les Mauvais Génies (Lichtenberg)
"Je ne peux pas nier que la méfiance envers le goût de notre époque se soit élevée chez moi à une hauteur qui est peut-être blâmable. Voir tous les jours comment des gens obtiennent le nom de génies, comme les cloportes celui de mille-pattes, non pas parce qu'ils ont autant de pattes, mais parce que la plupart des gens ne veulent pas compter jusqu'à quatorze, a fait que je ne crois plus personne sans examen."
Lichtenberg, Sudelbücher, F, 971.
Friday, 23 May 2008
Séminaire LIRE (CNRS-ENS LYON): littérature, musique et histoire
Gaëlle Loisel, une amie, participe à ce colloque de l'équipe mixte de recherche LIRE (19ème s.). Elle y exposera ses travaux sur Berlioz et Shakespeare.
Séminaire Lire
Journée des doctorants : 29 mai 2008
Organisation : Équipe 19e Lyon
29 mai 2008 : Journée des doctorants du LIRE
Programme
14h00 Pierre CRÉTOIS : « Le bien commun chez Rousseau »
On peut opposer deux conceptions de la vie publique : (a)une fondée sur l’union et donc sur l’accord de tous, (b) l’autre fondée sur le consensus et donc sur la gestion du désaccord entre les individus. La philosophie politique contemporaine tend à privilégier la seconde hypothèse, Rousseau préfère manifestement la première : la loi n’est pas un moyen de maintenir la paix sociale malgré la divergence des intérêts particuliers, elle n’est donc pas un consensus, mais la loi est l’expression unifiée de l’intérêt général à laquelle doivent être soumis les intérêts particuliers. Ceci entraîne deux conséquences importantes : (a) on ne calcule pas le bien commun en faisant la somme des intérêts et droits individuels, mais au contraire, les intérêts et les droits individuels doivent être distribués à partir d’une réflexion première sur l’intérêt général ; (b) l’expression du bien commun n’est pas le résultat d’un dialogue entre intérêts divergents cherchant un point d’équilibre entre eux, mais il est le résultat d’un monologue par lequel un « moi commun » (Contrat Social I,5) délibère sur les conditions du bien-être général. 14h25 : discussion
14h45 Elodie SALICETO : « Rome, Pauline, les Mémoires : Chateaubriand et la Muse néoclassique »
Nous développerons une réflexion qui pourra constituer l’épilogue d’un travail de doctorat consacré à la définition d’un néoclassicisme littéraire à travers les enjeux esthétiques de la représentation de l’Italie en France (1790-1820).
À partir des livres consacrés à Pauline de Beaumont, une mise en scène savamment orchestrée des Mémoires d’outre-tombe, nous tâcherons de montrer comment cette figure semble a posteriori synthétiser la démarche néoclassique de Chateaubriand, en particulier dans la tension entre le tragique de l’Histoire et une logique réaffirmée de continuité patrimoniale. Le texte agit en effet à la manière d’un véritable dispositif qui articule différents enjeux – esthétique, historique, mémoriel – tous intimement liés à l’inscription dans le sol romain.
D’abord présentée sous le signe de la perte, la Muse du moderne Orphée en vient à incarner à la fois la fracture et la pérennité du souvenir ; cette Muse de la modernité littéraire va permettre un premier pas vers la jointure de l’Ancien monde et du présent en refondation. 15h10 : discussion
15h30 pause
15h45 Gaëlle LOISEL : « Berlioz et Shakespeare à travers Lélio ou le Retour à la vie. »
Nos recherches portent sur la réception de Shakespeare et ses adaptations musicales par Hector Berlioz. A ce titre, nous questionnons à la fois l’œuvre littéraire (Mémoires, correspondance et critique musicale) et l’œuvre musicale du compositeur, afin de voir en quoi Shakespeare constitue une pierre angulaire de l’esthétique berliozienne.
À travers l’exemple de Lélio ou le Retour à la vie, nous envisagerons les modalités de présence de Shakespeare dans une œuvre musicale singulière : un mélologue. L’œuvre alternant monologues et pièces musicales variées, nous verrons comment s’articulent divers procédés, de la mise en scène de figures shakespeariennes par le biais de processus d’identification à l’adaptation musicale d’œuvres comme la Tempête, en passant par l’intégration de Shakespeare dans le cadre d’un discours critique sur la musique. 16h10 : discussion
16h30 Malgorzata ZIOLO : La cruauté : masculine/féminine ? La Marquise de Sade de Rachilde et « l’affaire Troppmann »
En 1869, l’opinion publique est profondément bouleversée par l’assassinat de huit personnes de la famille Kinck, commis par un jeune garçon de dix-neuf ans, Jean-Baptiste Troppmann. Ce crime mystérieux devient le sujet de nombreuses spéculations dans la presse, dans lesquelles transparaissent les principales préoccupations et craintes de l’époque : la famille, les conflits sociaux, le nationalisme, l’homosexualité.
La protagoniste de La Marquise de Sade, roman de Rachilde paru en 1887, s’identifie explicitement avec un des plus grands criminels du XIXe siècle. Mary Barbe considère en effet la cruauté comme un moyen de transgresser l’ordinaire condition féminine, perçue comme celle de victime. Cette prise de distance par rapport au féminin passe par la figure de la mère, première source d’identification pour la fille.
Les penchants criminels, ceux du protagoniste de « l’affaire Troppmann », ainsi que ceux du roman de Rachilde, sont toujours associés à l’identité sexuelle trouble, féminisée dans le cas de Jean-Baptiste et masculinisée dans celui de Mary Barbe.
16h55 : discussion
Wednesday, 14 May 2008
Quelques mauvaises pensées
Quelques extraits choisis de Je hais les écrivains, éditions du Rocher, 2008.
"Souvenez-vous avant d'écrire, de la beauté du papier blanc." Louis Veuillot (page 9).
"Les livres gagnent toujours à n'être pas lus. Regardez nos classiques!" George B. Shaw (page 13).
"Il m'a fallu quinze ans pour découvrir que je n'avais aucun talent d'écrivain, mais je n'ai pas pu renoncer car j'étais déjà devenu trop celèbre." Robert Benchley (page 23).
"Je n'ai jamais lu un livre avant d'en faire le compte-rendu, cela donne trop de préjugé." Sydney Smith (page 32).
"Cher écrivain,
nous vous renvoyons votre stupide histoire. Vous êtes un abominable écrivain. Pourquoi vous adressez-vous à nous? Nous ne publierons aucune de vos histoires même si vous nous payiez... Laissez-nous tranquille. Faites le mort." Charles M. Schulz (page 37).
"Les poètes célibataires sont une peste publique; ils troublent, sans le savoir et le vouloir, tous les coeurs féminins sans emploi." (page 42).
"On dirait que la douleur donne à certaines âmes une espèce de conscience. C'est comme aux huîtres le citron." Léon Bloy (page 46).
À propos de Maurice Barrès. "C'est l'élève de Huysmans. Seulement, il a transposé ses indigestions et a raconté les petites merdes de son âme..." Jules Renard (page 62).
À propos de Paul Claudel. "Claudel, c'est du music-hall pour archevêque." Henry de Montherlant (page 64).
À propos de Théophile Gautier. "C'est une huître dans une perle." Léon Daudet (page 69).
À propos d'André Gide. "Gide se figure qu'il est simple parce qu'il est plat et qu'il est classique parce qu'il est blafard. C'est un clair de lune sur un dépôt de mendicité." Paul Claudel (page 70).
À propos de Victor Hugo. "Ôtez à Hugo trente gros adjectifs, et toute sa poésie s'affaisse comme un plafond auquel on enlève ses étais." Edmond Duranty (page 72).
À propos de Joris-Karl Huysmans: "Huysmans avec qui je me suis brouillé, n'a pas d'intelligence, mais j'avoue qu'il a bien rendu ses indigestions." Jules Renard (pages 73-74).
À propos d'Alphonse de Lamartine: "Un esprit eunuque, la couille lui manque, il n'a jamais pissé que de l'eau claire." Gustave Flaubert (page 74).
Parodie d' "El Desdichado" de G. de Nerval: "Je suis le maudit, le torve, le prince freluquet aux espoirs abolis, le romano de l'angoisse primitive, l'enfant groggy à la baïonnette oedipienne. Je suis le damné de la mère." Patrice Delbourg (page 79).
Original pour ceux qui ne connaissent pas ou ont oublié:
"Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie."
À propos de W. Shakespeare. "Chexpire, quel vilain nom! On croirait entendre mourir un Auvergnat." Victor Hugo (page 83).
À propos d'Émile Zola. "J'ai un oeil qui dit Zola à l'autre." Guy de Maupassant (page 86).
